Lise Willar - Ecrits

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(
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(
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1993  

                   

Le 6 Mars  

J’ai regardé « Bouillon de Culture » retransmis du « Staatoper » de Berlin (Est). Tout d’abord, j'ai ressenti une pointe de jalousie à observer Daniel Barenboïm dans une ville qui m'est si étrangère alors que je l'avais attendu si fort pour diriger l'orchestre et présider aux destinées musicales de notre Opéra Bastille. Daniel Barenboïm qui fut si proche des mélomanes parisiens pendant de longues années au Palais de Chaillot puis à la Salle Pleyel ne reviendra que deux ou trois jours au Châtelet pour la reprise de l'opéra d'Alban Berg « Wozzeck » dans la mise en scène de Patrick Chéreau qui fit se pâmer le tout-Paris. Le spectacle ira ensuite rejoindre les productions berlinoises et Barenboïm l'a dit lui-même : « Entre Chicago et Berlin, je n'aurai plus de temps à consacrer à la France. » Dur, n'est-ce pas, pour ses fans de l'hexagone !

Et pourtant il y avait je ne sais quoi d’illusoire dans cette réunion d’étrangers qui célébraient la ville de l’Est en termes dithyrambiques : Michael Bernard, le nouveau directeur du Corps de Ballet, Daniel Barenboïm, Maurice Béjart (le plus exalté dans son apologie) et la productrice française de « Loin de Berlin ». Que d’encens, que de glorification pour une ville bien austère il y a peu et que je connaissais surtout à travers Brecht et le « Berliner Ensemble », un théâtre sans doute primordial. Seuls les deux Allemands invités par Bernard Pivot étaient plus réservés dans leur jugement : Volker Schlondorf, le metteur en scène de « Tambour », nouveau directeur des studios de Postdam qui viennent d’être rachetés par une société immobilière française, consacrant ainsi la prochaine destruction des studios de Boulogne-Billancourt, et un Berlinois de la Grande Bourgeoisie d’avant-guerre. Les deux hommes étaient beaucoup plus discrets quant à l’éclat potentiel et l’attraction internationale que pourrait avoir celle qu’ils continuent à appeler Berlin Est.

Une notion intéressante soulevée par Daniel Barenboïm : la culture est la seule chose dont les Berlinois de l’Est aient profité sans restriction. Ils ont subi pendant quarante ans un régime autoritaire et n’ont pas eu accès au confort occidental. Ils n’ont pas beaucoup voyagé[1] mais ils ont eu à domicile et pour des sommes modiques du théâtre dont Brecht était le meneur prestigieux et de l’opéra. La culture s’est réfugiée là où la liberté s’arrêtait. En revanche l’Allemagne fédérale a fait de Berlin Ouest une vitrine occidentale, donnant à cette partie de la ville le rôle de Hong Kong face à la Chine Populaire. Il s’ensuit que les Berlinois de l’Est se sentent à l’heure actuelle frustrés à juste titre : la destruction du Mur ne leur a pas ouvert l’accès aux richesses capitalistes car le chômage pratiquement inconnu dans les Etats communistes a fait chez eux une entrée fracassante. En outre ils n’ont plus de compensation culturelle puisque les prix ont augmenté de telle façon qu’ils n’ont plus accès au théâtre ou à l’opéra : une preuve que le libéralisme occidental n’est pas la réponse à la quête des anciennes communautés soumises au régime totalitaire depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Daniel Barenboïm ; face à une situation bien complexe, a  donc décidé que chaque nouvelle production du Staatoper serait ouverte par une sorte d’avant-première à laquelle les Berlinois entreraient pour une somme modique : une obole assez maigre pour des gens qui pouvaient se nourrir de culture toute l’année. En fait Barenboïm voudrait faire une symbiose entre le meilleur du capitalisme et le meilleur du socialisme, une troisième voie dont nous connaissons toutes les difficultés d’accès et une entreprise encore plus ardue que de diriger l’Opéra de la Bastille. Les danseurs de la troupe en ont d’ailleurs conscience car, élevés depuis l’enfance au sein même du Staatoper, ils se méfient, deux d’entre eux nous l’ont en tout cas confié, de ces nouvelles méthodes qui ne leur assurent plus la sécurité de l’emploi : ils troquent en effet l’assurance de quinze années dans le corps de ballet après leur sortie de l’école de danse contre une année renouvelable dont ils sont gratifiés aujourd’hui par le nouveau système. Daniel Barenboïm devra donc faire avec ce qu’il a et ce qu’ont tous les directeurs des lourdes machines que sont les opéras : un public riche qui accepte de payer chère sa place.

 

                      Le 15 Mars

 

Michel Piccoli, Merci. Merci d’avoir exprimé tout haut dans l’Evènement du Jeudi ce que je pensais tout bas parce que je n’ai pas d’auditoire à qui le dire et qu’aucune entreprise de sondage ne m’a demandé mon opinion. Merci de me montrer qu’on peut encore dire non aux centristes, aux écologistes, aux apolitiques… Merci de me dire qu’être socialiste et voter socialiste, ce n’est pas donner un blanc-seing aux hommes qui nous ont gouvernés depuis 1991 mais un comportement irréversible.

Tous les samedis soirs un dîner auquel j’assiste réunit plus d’hommes que de femmes jeunes que de seniors dont je suis et, je le croyais, plus de gens de droite que de gauche. En général j’essaie d’être discrète mais hier soir j’ai osé : « Moi, je vote comme Michel Piccoli ! » Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre une, deux, trois relativement jeunes personnes, vingt six à trente cinq ans, répondre à la septuagénaire que je vais bientôt être : « Mais Lise, nous aussi ! »

Grâce à vous, Michel Piccoli, je ressentis pour la première fois depuis de nombreux mois le bonheur de ne pas me sentir seule. Je me suis rendu compte que j’avais raison d’être du côté des Kouchner, Attali et autre Elisabeth Badinter que je suis entrain d’écouter sur France 2 dans « L’Heure de Vérité. »

Oui, Michel Piccoli, nous devons attendre et voir ce qui peut se passer dans le monde. Je vais le faire à côté de mes amis connus ou inconnus et dimanche, comme à chaque élection législative depuis ma jeunesse, j’irai voter socialiste ainsi que vous le dites : « sans peur ni état d’âme. »

 

Le 20 Mars  

Un prêtre dont j’ai oublié le nom a été chargé par Monseigneur Lustiger, archevêque de Paris, d’une sorte de mission auprès de l’Assemblée Nationale. Je trouve aberrant déjà que notre France laïque tolère un tel état de choses mais passons : si l’homme s’en tenait au rôle d’observateur, il assumerait un rôle de vigilance qui devrait être celui de tous les citoyens. Ce serait trop attendre de la puissante église apostolique et romaine dont les exigences politiques dépassent aussi souvent que possible le strict domaine religieux. Ce prêtre, lors d’une interview qui officialise bien sa présence, a mis en doute la moralité de Monsieur le Président de la République.

Comment ne pas m’insurger quand je mets en balance la moralité de Monsieur Mitterrand et la rigidité contestable du pape : les personnalités les plus diverses, les éléments les plus conservateurs exceptés, ont jugé odieuse et insupportable la réaction du premier personnage de l’Eglise catholique devant le viol des femmes musulmanes et de ses propres religieuses en Bosnie. Il leur a tout simplement dénié (à quel titre pour les premières ?) le droit de se faire avorter après qu’elles aient été violées par des Serbes. Cette attitude me paraît monstrueuse pour plusieurs raisons, la première étant que le Pape reconnaît implicitement le droit du violeur à perpétrer ses crimes, ce qui l’oppose à 99% de l’humanité qui place le viol parmi les crimes pouvant être justiciables de la peine de mort et dont une partie demande qu’elle soit rétablie dans ce cas précis. On me rétorquera que tel n’était pas le propos de Jean-Paul II qui pensait à la survie de l’enfant mais je persiste et je signe : le Pape montre là son esprit réactionnaire et une méconnaissance psychologique des personnes concernées : les musulmanes sont de toutes façons condamnées par l’Islam, coupables ou non, qu’elles avortent ou qu’elles n’avortent pas. Souillées à la suite d’un attentat odieux, la grande majorité d’entre elles n’oseront plus paraître devant leur mari ou leur frère et, même dans une Bosnie plus tolérante que les autres pays musulmans, elles risquent d’être mises au ban de leur communauté. Il n’appartient donc pas au Pape d’être plus royaliste que le roi.

Pour ce qui est des nonnes, comprend-il ce qu’il peut y avoir d’atroce dans un viol subi par des femmes qui ont fait non seulement vœu de célibat comme leurs homologues masculins mais vœu de chasteté dont sont dispensés les prêtres séculiers ? Quel étrange cheminement depuis le Christ qui, dit-on, pardonna et bénit Marie-Madeleine, jusqu’au successeur de Saint Pierre qui semble ignorer le doute et la miséricorde. Et puis, dans le cas des femmes musulmanes comme des nonnes, que deviendront les enfants dont paraît tant se préoccuper le Pape ? Les prendra-t-il sous sa protection puisqu’il est impensable qu’ils soient élevés par leur génitrice ? Non, bien sûr, ils iront grossir le rang des petits abandonnés dont le nombre grandit chaque jour de par le monde, qui ne trouvent pas souvent un foyer d’accueil en ces temps incertains et subissent au seuil de leur vie le handicap de leur naissance.

Alors, s’il vous plaît, Monsieur le représentant de l’archevêché auprès de l’Assemblée Nationale, un peu de modestie. Monsieur le Président de la République n’a pas de leçon de moralité à recevoir de la part de l’Eglise qu’il respecte d’ailleurs, le rôle de cette dernière étant non de condamner mais d’absoudre si j’en ai bien saisi les préceptes.

 

Le 16 Mai

Les médias ont tant parlé de Pierre Bérégovoy avant et après les élections législatives qui ont vu la chute politique sinon quantitative de la Gauche, avant et après la mort tragique de cet homme juste, que j’ose à peine apporter ma contribution personnelle au concert des analystes compétents. Je suppose seulement que, tout en nous concernant et nous fouettant l’âme, cette disparition nous choque par ce qu’elle a d’inattendu, de brusque et de définitif.

J’aime bien, comme tout un chacun, les Guignols de Canal+ mais je trouve à posteriori regrettable l’image de notre ancien Premier Ministre et Ministre des Finances comptant des billets : elle ne peut qu’être associée au prêt honorable, remboursé mais fatidique. Cette marionnette accomplissant un geste apparemment dérisoire parce que personne n’était au courant des projets de l’homme, a pu dans un moment aussi déterminé de sa vie lui faire trop de peine. Les hommes politiques sont tellement avides de publicité, autant que les acteurs, qu’ils acceptent sans récriminer d’être peints sous un jour infiniment caricatural. Et nous, les gens de la base, nous rions devant les outrances des marionnettes. La question se pose aujourd’hui : ce jeu n’a-t-il pas sa part de responsabilité, même si elle fut minime, dans l’acte irréparable d’un homme d’honneur ?

 

Le 17 Mai

  La Bosnie est un sujet « incontournable » d’autant plus qu’hier, au cours d’un dîner, j’ai entendu la phrase fatidique, la phrase bien franchouillarde :  « Je ne veux pas mourir pour la Bosnie ! » Jusqu’à cet instant je m’étais plutôt intéressée à la conversation qui, sur ma droite, commentait l’heureux dénouement de la prise d’otages de l’école maternelle de Neuilly. La réaction d’un homme d’une trentaine d’années, assez péremptoire et fat, m’avait déjà soulevé le cœur : Si j’avais décidé de recourir à un tel acte et si j’avais un besoin absolu de cent millions de francs, j’aurais procédé à l’exécution d’un enfant toutes les heures. » Il y avait certainement plus de provocation que d’intention dans ces paroles mais tout de même c’était insoutenable de bêtise méchante. L’homme en a d’ailleurs été pour ses frais car personne n’a relevé sa phrase et l’affaire en est resté là.

Quand sur ma gauche explosèrent les mots sur la Bosnie, j’étais définitivement écoeurée par les réactions aberrantes des convives. Je pensais bien que la plupart d’entre eux n’avait pas la moindre connaissance des problèmes de l’ancienne Yougoslavie où cohabitaient les ressortissants de trois religions, quatre si l’on inclut les communistes. Alors je tentais de les expliquer et même si je fus un peu longue, je dois dire que tout le monde m’écouta sans m’interrompre. Je vais essayer de rapporter mes propos, non pas littéralement bien sûr mais le plus précisément possible :

En Yougoslavie où tous les problèmes étaient cruciaux, ethniques, politiques, territoriaux, économiques… un équilibre précaire fut maintenu, sous la royauté (en dépit de l’assassinat d’Alexandre Ier à Marseille par un Oustachi croate en 1934) puis sous Tito et ses successeurs, entre les catholiques, les orthodoxes et les musulmans. Le catholicisme romain des Croates en a toujours fait des conservateurs proche de l’Allemagne impériale ou nazie, l’orthodoxie des Serbes ne les a pas empêchés d’être nos fidèles alliés durant les deux guerres mondiales, ce qui rend d’autant plus odieuse leur attitude actuelle, le reste de la population appartenant à un Islam à deux faces. Il y avait certainement un petit pourcentage de juifs puisque Israël a évacué il y a quelques mois leurs enfants de Bosnie mais ils ne faisaient pas de remous particuliers.  

Pourquoi un Islam à deux faces ? Parce que les musulmans de cette partie de l’Europe sont de deux origines : les ancêtres des uns habitaient l’Illyrie et le sud de la Serbie. Ils furent « condamnés » à l’Islam par les occupants ottomans qui envahirent leur territoire en 1389 après avoir remporté la bataille de Kosovo au cours de laquelle mourut le Prince Lazare Gerblianovitch qui avait repoussé les Turcs en 1387 mais ne put s’opposer à une invasion qui devait durer de longs siècles et s’étendre sur la plus grande partie des Balkans. La majorité de ces « islamisés » qui habitent le Kosovo et le Monténégro appartiennent à des communautés modestes qui ont conservé des traditions turques mais connaissent peu de choses de l’Islam. Tous les gens que j’y ai rencontrés, en plaine comme en montagne, savaient qu’ils étaient musulmans, pratiquaient la circoncision et ne mangeaient pas de porc. Je n’ai vu de Coran dans aucune famille et je n’ai vu personne accomplir les prières rituelles ou parler, comme c’est le cas dans toutes les familles pieuses, d’un éventuel pèlerinage à La Mecque. Dans la partie du Monténégro que je connais bien et qui jouxte l’Albanie où les usages transmis sont les mêmes puisque les deux communautés appartiennent à l’ancienne Illyrie, je n’ai pas vu de mosquée. Si les deux millions de musulmans du Kosovo demandent à l’heure actuelle leur rattachement à l’Albanie, ce sont pour des raisons économiques, ethniques et politiques beaucoup plus que religieuses. Ce retournement fantastique de situation survenant après l’isolement absolu de l’Albanie pendant plus de trente ans (un de mes amis monténégrins n’a pas obtenu pendant plus de trente ans de visa pour rendre visite à sa sœur mariée à Tirana) est dû au fait majeur que les habitants du Kosovo subissent une exploitation inhumaine de la part du gouvernement serbe, ce dernier oubliant à dessein qu’il maintient dans un quasi esclavage des frères devenus musulmans par suite de l’invasion ottomane.

J’ai rencontré un pseudo imam lors d’un mariage au Monténégro. Il connaissait tout au plus quelques sourates glanées au cours d’un voyage à Istanbul. Mes amis avaient été heureux de me le présenter mais, malgré les lacunes que je peux avoir en ce qui concerne l’Islam, je connaissais sûrement sa religion mieux que lui. Je n’en ai bien sûr pas fait mention afin de ne pas le blesser. Durant ce même mariage, j’ai essayé de savoir si quelques uns parmi les nombreux invités avaient une idée précise quant à l’origine de leurs coutumes : la fiancée, par exemple, revêtue d’une toilette aux couleurs vives et le visage caché sous une voilette, est amenée à la cérémonie par des parentes et des amies de la famille comme je l’ai vu faire en Turquie et en Inde. Elle conserve les yeux clos jusqu’à l’accomplissement du rite de mariage bizarrement civil puisque le gouvernement fédéral interdisait les mariages religieux. Personne n’a pu m’expliquer l’origine de la cérémonie : « c’est la coutume » me dit-on. « Nous avons toujours fait comme ça. »

Ces gens modestes que j’ai amicalement connus sont condamnés si nous n’intervenons pas. Quand les Serbes en auront fini avec le nettoyage ethnique de ce qu’ils considèrent comme leur propre territoire, la Grande Serbie, et les Croates procédant de la même façon, je ne pense pas que nous assistions à une guerre serbo-croate. J’ai le pressentiment que les Serbes se mettront à l’œuvre au Kosovo et au Monténégro et gare à la nouvelle boucherie ! Qu’on ne’ vienne pas me dire, comme on l’a fait à propos de la Bosnie, que l’accès à ces provinces est difficile : si le Kosovo est plus au nord, le Monténégro se situe au bord de l’Adriatique et des armes à destination de la Serbie sont acheminées malgré le blocus apparent à Bar, le port principal du Monténégro.

Il faut souligner que le Monténégro est un pays pauvre dont les ressources provenaient en majeure partie des touristes qui appréciaient la merveilleuse côte dalmate et monténégrine de Trieste aux abords de l’Albanie. Quelques uns d’entre nous se souviennent du tremblement de terre qui détruisit la ville d’Ulcinj et ses alentours (peu de temps après celui qui avait anéanti Skopje, capitale de la Macédoine). En dix ans, les habitants avaient peu à peu reconstruit leur ville : tout est maintenant perdu. Les hôtels sont fermés, les villas ne se louent plus car il n’y a personne pour les occuper. Pire, les Monténégrins qui vivent en Europe Occidentale mais qui possèdent là-bas une maison n’osent plus s’y rendre pour les vacances d’été. N’importe qui résidant sur place peut arriver sur les lieux et s’installer, ce que ne manqueront pas de faire les Serbes dans un avenir proche si nous n’y prenons garde. Je connais des gens auxquels on a volé leur ligne téléphonique alors qu’ils payaient toujours leur abonnement suite à des arrangements familiaux. D’ici qu’on envahisse leur maison, il n’y a pas loin.

Le problème de Bosnie et de Croatie est différent. Certaines communautés musulmanes appartenant à des classes sociales plus prospères que leurs coreligionnaires du Kosovo et du Monténégro sont d’origine ottomane. Leurs ancêtres appartenaient à l’armée turque et se sont à diverses époques installés définitivement dans le pays où ils se sont mariés et ont ainsi créé une descendance. J’avais des amis médecins à Zagreb dont le nom, Aganovic, montre qu’un aïeul a été officier dans l’armée turque et qu’il était peut-être noble : « aga » en turc. La difficulté de reconnaître dans l’ancienne Yougoslavie les musulmans des chrétiens tient au fait que les dirigeants serbes de la nouvelle nation créée après la Première Guerre Mondiale ont exigé des habitants l’adoption d’un patronyme comportant le suffixe serbo-croate « ic » (« itch » en français), une des revendications des habitants du Kosovo et du Monténégro étant d’ailleurs de pouvoir renoncer à ce suffixe.

Une anecdote très significative me revient en tête à propos de ce couple de médecins qui, après avoir été relativement contre Tito durant leurs années d’études (époque à laquelle je les ai rencontrés pour la première fois lors d’un stage qu’ils effectuaient à Villejuif), ont fait ensuite au cours de leur vie professionnelle partie intégrante de la « nomenclatura. » Ils m’ont reçue lors d’un de mes voyages dans leur « résidence secondaire » à Pasman, l’une des sept îles de cette partie de la côte dalmate.

Et bien, ils avaient changé les petits Docteurs Aganovic, à tel point que je me demandais si j’avais eu raison de venir me prélasser sur une chaise longue devant l’eau transparente qui clapotait gentiment. Il faut dire que, jeunes médecins, ils étaient pratiquement sans travail à Zagreb et furent bien contents d’obtenir une bourse de recherche dont je ne sais si elle leur fut accordée par le gouvernement yougoslave ou par le gouvernement français. De retour au pays, ils avaient l’air de s’être confortablement installés dans l’Etat socialiste. Leurs deux enfants, blondinets aux yeux de turquoise comme peuvent l’être ceux de nombreux Turcs méditerranéens, recevaient des leçons particulières de français, d’anglais, de religion, de piano, de danse, de natation...

Izet était diabétologue, il appartenait à un centre d’Etat qu’il représentait dans tous les congrès internationaux, Japon, Thaïlande, Norvège, Suède... Il venait de passer deux mois à La Valette comme assistant médical auprès du gouvernement maltais. Méliha qui était stomatologue travaillait cinq matinées dans un dispensaire. Elle avait pris cinq semaines de vacances pour accompagner son mari et ses enfants à Venise et à Florence. Agés respectivement de huit et dix ans, les petits avaient besoin selon elle d’émotions esthétiques ! Dans deux mois Izet partirait au Danemark et Méliha laisserait les enfants avec la bonne, sous la surveillance de ses parents, pour le rejoindre. Leur maison de Zagreb (que je ne connaissais pas) avait selon le couple trois salles de bain dont une qui jouxtait la lingerie où couchait la domestique. Celle-ci, nourrie, blanchie, logée (?) ne recevait pas de salaire : « Vous pensez, elle ne savait rien faire quand je l’ai engagée. »

Le gouvernement procédait alors à un recensement de la population. Quelle ne fut pas ma surprise quand ils indiquèrent « musulmans » en guise de nationalité, et ce dans un pays communiste où les différences devaient s’effacer devant la généralité. Ils me répondirent qu’à leur connaissance 2% de la population revendiquaient la nationalité yougoslave, l’immense majorité ne se reconnaissant que dans une appartenance à l’Etat Fédéral mais dans celle d’une République pratiquement autonome depuis la constitution de 1974. Quant à eux-mêmes, ils avaient toujours utilisé le terme « musulmans », ne se reconnaissant plus turcs depuis de nombreuses générations mais jamais encore comme croates. Je restais sans voix : ces gens riches, exploiteurs, assistant à des congrès mondiaux de médecine comme représentants de la Yougoslavie, donnant à leurs enfants une éducation bourgeoise anachronique, ne se reconnaissaient pas de nationalité propre. Ils étaient pratiquement des apatrides dans un pays que leurs ancêtres avaient conquis et où leur famille résidait depuis plus de temps qu’il n’en faudrait à la descendance d’un esclave noir pour devenir Président des Etats-Unis ou à celle d’un Maghrébin nationalisé français pour atteindre le statut suprême en France malgré les lois restrictives du gouvernement Balladur et le code Pasqua de la nationalité.

En ce qui concerne plus strictement la Bosnie, je me rends compte maintenant, suite à l’expérience personnelle vécue avec les Aganovic et même si les faits se passaient en Croatie, que si l’on procède à une partition de l’Etat, il en résultera trois enclaves, serbe, croate et musulmane, avec la conséquence désastreuse de mettre fin au plus bel exemple d’œcuménisme laïque et religieux qu’on ait connu en Europe. Les Musulmans de Bosnie ont ( je veux encore employer le présent) un peu plus que leurs coreligionnaires de l’est du pays une conscience intellectuelle de l’Islam. Certains pratiquent leur religion, d’autres pas, mais des mosquées furent érigées dès l’arrivée des Ottomans et accueillirent par la suite les descendants des anciens militaires installés définitivement dans le pays et les immigrés volontaires parmi lesquels de nombreux marchands. Aucun barbare ne les avaient jusqu’à nos jours systématiquement détruites. Les Serbes et les Croates, dans leur rage d’éliminer l’Islam, n’ont même pas le respect des pierres (mémoire de notre monde disait l’autre jour Lévy-Strauss) qu’ont eu les occupants hitlériens à paris. Il est vrai qu’il est peut-être plus difficile d’envisager la destruction de Notre-Dame de Paris que celle d’une mosquée de Mostar ou de Sarajevo. Pourtant toutes sont le témoignage d’une religion révélée, ce qu’oublient en principe les catholiques romains de Croatie et les Chrétiens orthodoxes de Serbie.

Le touriste qui, arrivant de Dalmatie ou du Monténégro, s’arrêtait dans la belle Doubrovnik, ville médiévale célèbre pour son festival de musique dont les notes s’égrenaient depuis les remparts vers un ciel serein, puis remontait l’étroite vallée menant à Mostar et à Sarajevo, avait le regard attiré par un phénomène assez original : la présence de minarets dans le paysage alpin où se sont déroulés les Jeux Olympiques d’hiver alors qu’il se serait attendu à y voir des clochers d’église. J’ai parlé il y a peu à mon fils de ce petit restaurant adossé à la montagne, face à la mosquée, qui a peut-être disparu à tout jamais comme ont disparu les rues de Mostar et de Sarajevo où nous aimions nous promener lentement comme pour jouir d’un Orient si proche mais que les Européens trouvent encore trop inaccessible pour le défendre.

Ma « conférence » terminée, l’homme pour lequel j’avais tenté vainement sans doute de retracer quelques pages historiques me posa la question à mille dollars : « avec des idées pareilles, pourquoi n’allez-vous pas vous battre ? » Je lui ai répondu qu’à dix sept ans, j’aurais voulu mourir pour Danzig, que j’avais rejoint à dix neuf ans les Forces Françaises Libres après m’être évadée de France Occupée. A soixante dix ans, je ne pouvais plus exprimer que mes utopies. Une différence malgré tout entre les autres et moi-même : juive d’origine, je considère depuis longtemps les Arabes musulmans (et sémites) comme mes frères en Abraham à l’inverse de mes coreligionnaires conservateurs. Pourtant c’est aux pauvres gens de Bosnie, non sémites, que va mon affection bien impuissante.

 

Le 20 Mai

 

Quand j’ai vu pour la première fois Michel Field présidant aux destinées du « Cercle de Minuit », j’ai immédiatement fait une comparaison entre Frédéric Mitterrand et cet homme qui ne nous avait donné de lui qu’une image incertaine dans une émission dérisoire de TF1. Malgré toute l’admiration que j’avais pour le premier et le regret de ne plus le voir autant qu’autrefois, je me suis rapidement habituée à Michel Field, à son intelligence (j’ai appris qu’il avait été prof de philo), à son aisance, à la pertinence de ses questions. Je suppose que dans le choix de ses collaborateurs et de ses invités il doit compter avec la productrice, Laure Adler, qui n’est certainement pas la première venue.

Ce soir je ferai faux-bond à Michel Field si le programme d’Arte se prolonge car je suis revenue à mes premières amours : Frédéric Mitterrand reçoit à Cannes des metteurs en scène de talent, Steven Sonderbergh, Wim Wanders, Volker Schöndorff  et Raoul Peck. Je lui dois bien ma présence mais je serai demain à mon rendez-vous quotidien du Cercle de Minuit même si son animateur a dit que son émission passait trop tard ou trop tôt pour les personnes âgées. Oublierait-il que les vieilles dames et les vieux messieurs ont le sommeil léger et se délectent justement de ces émissions culturelles qui sont programmées à des heures indues pour les gens qui travaillent de’ jour ?

 

Le 25 mai

 

Hier, dans la salle d’attente d’un Laboratoire d’Analyses Médicales, mes yeux sont tombés sur une lettre adressée à « Figaro Madame. »  Mon cœur s’est immédiatement soulevé : suite à un article sur les accomplissements du Ministère Socialiste de la culture paru sans doute dans un précédent numéro, l’auteur de la lettre apportait son jugement péremptoire en des termes si triviaux qu’on aurait voulu les trouver dans un journal porno plutôt que dans un hebdomadaire BCBG. Il est préférable de ne pas les mentionner car ils pourraient choquer les oreilles sensibles. Je me suis tout de même posé la question : le même genre de lecteur aurait-il envoyé semblable missive à un hebdomadaire de gauche suite à la construction du centre Beaubourg au sujet duquel j’ai entendu autrefois tant de critiques négatives impliquant, on ne sait pourquoi, la vie privée du Président et de Madame Pompidou.

Alors, voulant oublier des injures qui ne me concernaient pas, je me suis souvenue de l’analyse d’un critique dont j’ai malheureusement oublié le nom mais qui voyait en Jack Lang le seul Ministre de la Culture pouvant rivaliser avec André Malraux. Il précisait en outre que seuls les grands Présidents avaient le don de susciter de telles personnalités, se plaisant à faire le parallèle : De Gaulle – Malraux,  Mitterand – Lang. Je me suis souvenue de la file d’attente à la pyramide du Grand Louvre après son inauguration : tous les touristes étrangers que je me suis permise d’interroger approuvaient sans réserve alors que les médias et l’opinion publique de notre pays en étaient encore à l’aberration que constituait, selon eux, le mélange des architectures. Je songeais que si nous suivions la démarche d’esprit de nos concitoyens bien franchouillards, nous vivrions encore dans les cités lacustres de nos ancêtres les Gaulois. Jorge Semprun, écrivain francophone et Ministre Espagnol de la Culture, a dit plus tard chez Bernard Pivot son admiration pour l’œuvre accomplie, regrettant que l’architecture de Madrid et son urbanisme ne permettent pas une telle rénovation du Prado. Son avis est peut-être plus constructif que celui d’un monsieur que je préfère oublier très vite.

 

Le 31 Mai

 

On parle souvent de « remakes » et le mot est bien entendu passé dans nos dictionnaires avec nombre d’autres anglicismes. Si j’ai décidé de mentionner aujourd’hui ces nouvelles versions de films anciens (avec cette restriction qu’elles sont de nos jours pratiquement simultanées), c’est qu’il m’est arrivé une aventure assez originale que pourraient sans doute démêler plus facilement qu’une novice les spécialistes des « Cahiers du Cinéma. » Il a beaucoup été question ces derniers temps de « Trois Hommes et un Couffin », du « Retour de Martin Guerre » et de leurs moins heureuses versions américaines mais dans les deux cas les producteurs américains ont acheté officiellement les droits d’exploitation aux producteurs français. Abonnée par le biais d’une antenne parabolique à plusieurs chaînes cryptées anglophones, j’ai eu l’occasion durant les mois de février, avril et mai de voir trois versions du même film sans que jamais ne soit mentionné le terme « remake. » Je n’ai évidemment pas été choquée mais relativement surprise.

Il s’agit pour le premier d’entre eux que j’ai revu en février d’une œuvre assez bouleversante et dramatique :  « Music Box » dont l’héroïne est Jessica Lange et qui fut tournée en 1989 : les cinéphiles se souviendront que la jeune femme était une avocate américaine et qu’elle avait eu à cœur d’assumer la défense de son père accuser de crimes contre l’humanité. En Avril, je tombe par hasard sur un film sans doute inconnu des spectateurs français (comme c’est souvent le cas sur ces chaînes qui balaient large pour se procurer toutes les copies nécessaires à un auditoire de dizaine de millions d’Européens) : « Descending Angel » (Ange Déchu) un film québécois de 1990. Le héros n’est plus la jeune femme mais le père interprété par George G. Scott : Irina et Michael sont amoureux et tout semble parfait jusqu’à ce que le fiancé découvre que son futur beau-père, Florian Stroia, a un « squelette dans son placard » qui pourrait détruire leurs vies. Michael se rend à Grand Rapids, Michigan, pour rencontrer Florian afin qu’il lui donne sa bénédiction. Bien que le vieil homme accueille Michael dans sa communauté roumaine où il s’est parfaitement intégré, le jeune homme apprend bientôt que Florian est accusé d’avoir été un collaborateur nazi durant la Seconde Guerre Mondiale. Michael en arrive même à suspecter que le père d’Irina a pris part à l’assassinat de huit cents Juifs au cours du massacre de Kayatsa. Découvrant de plus en plus de choses à propos de Florian, sa relation avec Irina est alors mise à l ‘épreuve. De plus sa vie est menacée parce que le collaborateur nazi est prêt à tout pour que sa fille n’apprenne jamais l’horrible vérité.

Quand au mois de mai, je me retrouve devant « Father », 1991, toujours par hasard car je ne peux me procurer en France un magazine détaillé des programmes de la chaîne, je suis proprement éberluée : le film est australien et le rôle de l’ancien criminel de guerre est tenu par Max Von Sydow. Le couple modeste a deux fillettes et possède un bar-restaurant où le père exerce ses talents de cuisinier. La femme de celui-ci, australienne, innocente, n’ayant jamais eu conscience du passé de son mari, est forcément décédée ! Dans les trois films d’ailleurs on se réfère à la vie exemplaire de tout ce petit monde au sein de leur communauté, avant la découverte de l’infamie. Les atrocités se sont produites cette fois-ci dans l’Allemagne nazie et l’homme est rejoint en Australie par la fille d’une de ses anciennes victimes lithuaniennes qui l’a traqué depuis près d’un demi-siècle dans tous les pays du monde. Il reçoit évidemment un non-lieu grâce au talent de son avocat, ami de la famille. A la suite du procès, la plaignante s’introduit dans le bar-restaurant malgré le déclenchement d’une alarme stridente, monte les marches de l’escalier conduisant aux chambres, découvre celle du criminel dont elle obtient les aveux en braquant un revolver sur toute la famille accourue à l’heure de vérité puis… se tire une balle dans la tempe. La fille (qui avait tout de même quelques doutes) se contente de chasser son père : il s’éloigne le dos courbé non par le remords mais par la tristesse d’être séparé d’une famille qu’il aimait tendrement. Ces gens-là ont un cœur, Monsieur, et puis il n’avait fait après tout qu’obéir aux ordres venus d’en haut !

J’ai esquivé dans mon récit les détails sanglants qui montrent les trois hommes entrain de commettre leurs forfaits « de jeunesse » parce tel n’était pas mon propos. J’étais pour une fois plus intéressée par le problème des « remakes » que par le récit d’actes que nous réprouvons de tout notre coeur mais qui a été fait dans de nombreux films et de plus nombreux documentaires. Je pose alors la question : puisque seul « Music Box » méritait d’être tourné en dépit du talent de George G. Scott et de Max Von Sydow, pourquoi deux autres films sur exactement le même sujet et tous deux anglophones ? Existe-t-il une législation internationale permettant ce genre d’action ou le vide juridique est-il à ce point défaillant qu’on puisse tout se permettre en la matière ?

 

 

Le 28 Août

 

Je me demande si j’aurai le courage de continuer à écrire jusqu’à la fin de ce millénaire (si Dieu me prête vie) ainsi que j’en avais l’intention. J’étais pratiquement sûre que ces deux dernières décennies compteraient parmi les plus fascinantes du monde avec ses découvertes de plus en plus pointues, sa connaissance de l’homme apparemment plus profonde que celles des philosophes grecs, de Descartes ou de J.J. Rousseau. Je pensais que la fabrication et l’usage des armes sophistiquées s’arrêteraient faute de combattants et que peut-être était venu le temps où l’homme aimerait son prochain ou tout au moins l’accepterait, la preuve étant faite que la haine n’engendre que la destruction. J’étais sûre en tout cas que l’opulence de nos récoltes occidentales permettrait le transfert d’une grande partie d’entre elles vers les continents pauvres et soumis à des climats extrêmes jusqu’à ce que des méthodes révolutionnaires de l’agriculture permettent à l’homme de cultiver, de semer, de récolter où qu’il soit sur notre terre. Je n’envisageais pas le spectacle de millions d’êtres humains en proie aux disettes et à la malnutrition ou quotidiennement exposés à une mort inéluctable. Je n’imaginais pas que la médecine triomphante serait confrontée au SIDA, problème pire à résoudre que celui de la peste médiévale ou de la syphilis, cette vérole de temps immémoriaux. Je ne savais pas, je ne savais rien…

Alors pourquoi crier dans le vent mes passions, mes colères, mes amours ou quelquefois ma haine ? Quand je regarde autour de moi les gens de la base dont je suis, je m’aperçois qu’ils sont surtout concernés par leurs problèmes quotidiens (contraignant sans nul doute) et ne se tournent vers l’extérieur que forcés par les évènements. Ils sont perplexes, frileux, à l’image de ceux qui les gouvernent. Ils ont voté massivement à droite et que leur apporte-t-elle sinon les images désuètes, anachroniques, obsolètes, d’une nation repliée sur elle-même quand Mars est à portée de la terre. Naguère encore quelques images fortes nous accrochaient : Danièle Mitterrand dont les voyages au Kurdistan ou dans les autres minorités m’exaltaient plus que les déplacements politiques de Jean-Paul II, Bernard Kouchner, Pierre Bérégovoy ou Jack Lang, une personnalité tout de même plus attachante que Monsieur Toubon.

Que nous apporte en revanche l’été de notre pays ? des paris dérisoires sur le droit d’asile et le foot. La fin de cette décennie avait en apothéose l’ouverture des frontières, la disparition du passeport national et une monnaie unique. Ce qui était presque tangible redevient une utopie : nos frontières se referment devant l’étranger à peau moins claire alors que les petits-enfants des épiciers arabes s’apprêtent à diriger les supermarchés du troisième millénaire. Hier on a expulsé de force seize familles dont vingt deux enfants qui squattaient un immeuble faute de logis plus décent…

Et le foot, ah ! le foot ! Comme si l’on ne savait pas que le sport est soumis aux forces de l’argent, des sponsors, des transferts… Pour qui nous prend-on ? des benêts, des gobeurs d’âneries ? Tout un été où il ne s’est rien passé d’autre qu’une lutte politique entre Bernard Tapie et les autres alors que l’économie se détériore, le chômage augmente et, suprême ironie, le franc flotte avant de se casser la figure. Moi, je ne veux rien prouver, je n’existe que pour constater les petites avancées suivies des grands reculs. J’ai parfois envie de me replier ailleurs, hors de cette France qui ne me passionne plus.

 

 

 

 

Aurais-je vingt ans je retournerais dans les pays fascinants que j’ai traversés avec trop de hâte. Je me souviens de ce fakir qui, au pied du minaret tronqué de Delhi, avait prédit que je reviendrais en Inde avant ma mort. Je revois Bénarès, le lever de soleil sur le Gange, le défilé des femmes aux colliers de fleurs qui faisaient le tour des temples, le petit garçon à la colonne vertébrale sectionnée qui nous suivit à quatre pattes toute la journée sans que je devine à quel malheureux sort il devait sa disgrâce, je me promène dans les jardins du Tadj Mahal, je dors dans le palais d’été du Maharadjah d’Udaïpur. Je vole au-dessus de l’Himalaya vers Katmandou et sa jeune déesse. Je roule à travers les plaines d’Anatolie Centrale dans cette Cappadoce lunaire où m’attendent les couvents rupestres et les cheminées de fée, je visite les châteaux du Kurdistan, j’escalade les pentes du Nemrut Dag pour atteindre les gigantesques statues helléno-persiques et je me recueille dans les mosquées de la colline de Fatih. J’erre dans l’antique Vallée des Rois où furent enterrés Cyrus et Darius et je sympathise avec les bergers aux tentes noires dont les moutons broutent l’herbe rare, je visite la belle Ispahan et ses mosquées royales, je côtoie les hommes et les femmes chiites exaltés à Chiraz, au début du Ramadan. Je contemple Israël depuis le rocher brûlant de Massada où neuf cents Juifs tinrent tête aux armées romaines pendant trois années avant de commettre un suicide collectif, je marche dans Jérusalem la Rose, la ville sainte des trois religions révélées, je survole les Mines du Roi Salomon avant de me plonger dans les eaux chaudes du golfe d’Eilath. Je parcours la Muraille de Chine et je pénètre dans le Tombeau des Ming, je rêve dans le jardin cinq fois millénaire d’Hangzhou , je contemple la stèle aux Martyrs de Nankin. Je suis en barque sur le Mékong entre la Thaïlande et la Birmanie à proximité du Triangle d’Or et je me retrouve à Kong Kong face à la ville chinoise de Kowloon ou glissant vers l’île de Macao dont l’église baroque, la morue séchée des boutiques chinoises et les casinos désuets sont les vestiges d’un passé portugais qu’on dit prestigieux.

Comme les distances du rêve sont courtes, je me retrouve à Québec sur le St Laurent, je parcours en bateau la région des Mille Iles et je surplombe la ville de Toronto depuis l’une des plus hautes tours du Monde. Le temps de me rafraîchir aux Chutes du Niagara et je suis aux pieds de la Liberté dans cette New York qui un jour me viola corps et âme avant de descendre en hélicoptère dans le Grand Canyon du Colorado. Un petit tour sur les hauts plateaux de l’Atlas rosé, un simple arrêt sur la Djemaa El Fna de Marrakech, ses conteurs et ses charmeurs de serpents, un saut vers le Kenya pour un safari photo, un coup d’oeil au kilimandjaro nimbé d’un halo de nuages et je me sens une petite faim : je mange des tacos sur le quai 41 de San Francisco, du caviar à Téhéran, des côtelettes en Mongolie près du désert de Gobi où se côtoient les chameaux et les chevaux sauvages, les enfants aux yeux noirs et aux joues roses, je déguste les poissons du lac de Nankin, le poulet tandoori de Bombay, les derniers esturgeons du Baïkal, la tourte et la « smoked meat » du Québec, la langouste de Bangkok, mon couscous préféré au beurre et aux raisins secs du Maroc. Je bois du whisky, du bourbon, de la bière, du saké, de l’arak, de la vodka et du thé vert. Je parle tous les français, le joual au Québec, le créole des Acadiens et des cajuns pêcheurs du gibier d’eau et de l’alligator dans les bayous de Louisiane, en Afrique le langage doux et fleuri de nos frères de couleur qui m’apprennent leur wolof national.

Je m’enivre d’ailleurs alors que ma France est si belle et qu’il y y faisait si bon vivre : je songe à la Touraine, aux genêts d’or de Bretagne, aux cépages du Bordelais. Je reviens de Sète qui, en dehors des joutes de la St Louis, du cimetière marin de Valéry ou du cimetière des pauvres de Brassens, m’a donné trois souvenirs de plus : un livre « l’Etang de l’Or » écrit par un médecin poète qui connaît le nom de’ tous les oiseaux et de tous les poissons des étangs de la Crau, un chef au nom savoureux, Xavier Cucurullo, qui à soixante dix-neuf ans fait la cuisine sétoise la plus extraordinaire que j’aie jamais goûtée, l’eau-sel, la grande bouillabaisse, la bourride de baudroie, la rouille de soupions, la macaronade de cigales… et, sous le kiosque à musique où ténors, basses, sopranos et contraltos se relaient pour mon plus grand plaisir, j’écoute la musique française au goût de mon enfance, Mireille, l’Arlésienne, Werther, Faust, l’Africaine, les Pêcheurs de Perles… que chantait mon père, un excellent baryton-martin, ancien élève de l’école de musique de Besançon.

Cher pays qui est le mien, qui sait tant de choses et qui a vu tant de miracles, mon pays aux sommets neigeux et aux plages dorées, pays de Rabelais et de Molière, pourquoi cette médiocrité qui nous envahit, pourquoi nous voler nos espoirs et nos utopies ? Que faudrait-il pour accorder nos violons ? Un peu d’amour, de respect, de mémoire, de courage, un peu de ce qui faisait notre génie et doit bien encore exister quelque part derrière ces fronts anxieux dont la sérénité s’est évanouie. Le foot n’est tout de même pas devenu notre panacée !

 

                     Le 30 Août

 

Voici l’étincelle qui met fin à mes velléités de silence car je ne peux rester muette face à de telles images : sur l’écran qui m’apporte les images des folies du monde j’ai regardé impuissante l’open de Croatie : des gens bien habillés, bien bronzés, assistaient au bord de la mer à un match de tennis. J’en ai eu froid dans le dos : à deux cents kilomètres de là, des êtres humains sont tués, n’ont plus d’eau, plus de pain, plus de médicaments, plus de maison. On parle de notre égoïsme, que dire de celui des concitoyens de naguère qui observe sans frissonner les jeux dérisoires des peuples décadents ?

 

Le 17 Septembre

 

Aujourd’hui concours de dressage en Slovénie. Du beau monde, du soleil, des cavalières au charme élégant… et Mostar qui s’effrite et qui meurt sous les bombardements. C’est tellement injuste que j’ai envie de me taire et de pleurer.

 

 

Le 24 Septembre

 

Péguy avait-il raison quand il a réinventé l’espérance ? Le 31 juillet l’être humain me frustrait, j’étais abasourdie par son manque de volonté à respecter autrui, à lui permettre au moins de respirer librement. La chute du Mur qui devait marquer la naissance d’une ère nouvelle avait tout chamboulé sans que rien de positif ne semble vouloir (ou pouvoir) renaître du chaos. Et puis le monde subjugué a vécu en direct la poignée de mains des deux frères ennemis : Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Ce n’était pas un montage de CNN comme pendant la Guerre du Golfe mais un véritable geste humain et dépouillé, pas les pleurs simulés d’une fausse réfugiée du Koweit ou la photo truquée d’un carnage reconstitué mais une image réelle à nous faire pleurer de cette joie qui commençait singulièrement à nous faire défaut. Un incomparable catalyseur d’espérance cette poignée de mains : le lendemain reprenaient des pour parlers entre Bosniaques, Serbes et Musulmans. Rien n’est encore fait mais tout de même ces trois-là, ils ne se haïssent pas au point que je me demande parfois si Abraham n’aurait pas mieux fait de brûler Isaac et de laisser Agar sans progéniture pour le bien que se font les descendants des deux demi-frères !

Avant-hier nous avons appris que le pape avait invité au Vatican le Grand Rabbin de Rome. Bien que Jean-Paul II ne soit pas ma tasse de thé avec tout son conservatisme polonais, je pense que ce geste est lui aussi porteur d’espoir tout en me demandant quand le pape en viendra enfin à reconnaître l’Etat d’Israël comme il l’a fait si spontanément de la Croatie catholique ?

 

Le 25 Septembre

 

L’Eglise vient de perdre un point en Pologne. Non pas que l’arrivée au pouvoir d’une coalition comportant 25% de communistes soit particulièrement réconfortante mais peut-être sont-ils devenus libéraux… et puis l’élection est au moins une preuve que les Polonais ne voient plus dans la religion la panacée de tous leurs maux comme Leich Walesa le croyait.

Le Parlement israélien a voté en majorité son approbation aux accords de Washington sans que les extrémistes cherchent trop à se manifester. Il y a dans l’air comme un léger parfum de paix et de sagesse dont l’avenir seul dira s’il est pérenne ou volatil.

 

Le 13 Novembre

 

La situation continue à être affreuse en Bosnie. Il fait déjà –5° Celsius dehors et personne n’est capable de dire comment les gens de Sarajevo ou de Mostar passeront l’hiver. Honte aux Serbes qui tuent, honte à nous qui les laissons faire. Notre non-intervention est aussi coupable que celle d’autrefois en Espagne Républicaine avec ceci d’atroce que nous devrions avoir conscience aujourd’hui des conséquences de nos lâchetés.

Dimanche soir Arte, la chaîne dont notre cœur et notre intelligence ont besoin, a diffusé depuis Strasbourg un compte-rendu des premières assises du Parlement International des Ecrivains en présence, entre autres, de Salman Rushdie, Tony Morrison et Susan Sontag. L’arrivée de l’écrivain proscrit par l’Islam intégriste a bien entendu soulevé une salve d’applaudissements. Il a parlé clairement du symbole très protégé qu’il représente (les gardes du corps qui l’entouraient en témoignaient suffisamment) face aux fondamentalistes d’une part et à la pensée libre d’autre part mais il a immédiatement fait référence à tous les intellectuels qui subissent aujourd’hui la loi intransigeante des religieux et meurent chaque jour pour leurs idées. Une romancière iranienne est intervenue pour dire que les attaques dont l’écrivain était l’objet relevaient essentiellement de la politique, ce qui minimise évidemment les choses. Salman Rushdie a rétorqué que ces menaces relèvent au contraire de l’obscurantisme religieux des responsables. Les Imams en colère n’ont en effet pas lu « Les Versets Sataniques » (dont j’ai parlé peu après leur parution aux Etats-Unis), ils n’ont pas l’intention de reconnaître qu’il s’agit là d’une œuvre de fiction et qu’il condamne le créateur de personnages pouvant avoir des similitudes avec des personnes existantes ou ayant existé mais ne sont en aucun cas ces personnes. Ils projettent de tuer ou de faire tuer parce que la seule mention des « Versets Sataniques » en référence au prophète justifie leur décision de lancer une fatwa.[2]

Autant l’intelligence politique de la romancière, essayiste, dramaturge Susan Sontag m’a frappée par sa connaissance profonde et sentimentale des problèmes bosniaques (elle a parlé de tous les séjours qu’elle a fait à Sarajevo où elle vient de monter « En attendant Godot »), autant j’ai trouvé Tony Morrison, Prix Nobel de Littérature 1993, plus évasive en ce qui concerne l’Europe. Tout en respectant l’intelligence certaine de ce professeur d’Université, je n’ai pu m’empêcher de la considérer comme un représentant typique de la littérature et de l’ethnie latino-afro-américaines. Elle ne semble pas être comme Susan Sontag une citoyenne du monde car elle a parlé de la Bosnie et des attaques dont font l’objet les intellectuels et les journalistes d’Algérie en termes peu convaincants. Le lendemain elle était l’invitée de Michel Field au « Cercle de Minuit » : étant seule concernée, elle a paru beaucoup plus percutante. On lui parlait de ses livres et des problèmes américains dont elle a une perception viscérale autant qu’intellectuelle : elle pouvait répondre avec une pertinence que je n’avais pas constatée la veille.

Pour en revenir à Strasbourg, il ne faut pas manquer d’applaudir l’initiative de son maire, Catherine Trotman, qui accompagnait Salman Rushdie et a solennellement promis l’asile politique à tous les intellectuels frappés par des condamnations diverses et injustifiées dans tous les pays du monde. Cette femme respire une sagesse humaine et politique dont bien des hommes devraient s’inspirer. Ah ! Si nos gouvernants avaient cette trempe, ce caractère, il y a belle lurette que Sarajevo et Mostar ne souffriraient plus.

 

Le 15 Novembre

 

J’écoutais une interview d’Erik Orsenna par Jacques Chancel sur France Inter quand une petite phrase de ce dernier me chatouilla désagréablement les oreilles : Erik Orsenna[3] se disant à la fois religieux et agnostique en vint évidemment à rejeter l’intégrisme. Jacques Chancel émit alors, à la légère peut-être et sans penser plus avant, cette idée que je ne retranscris pas littéralement mais dont je rapporte le sens : « Vous parlez sans doute des fondamentalistes iraniens ou de ces gens de Mea Shearim ? » C’est tout mais le seul fait d’assimiler en bloc les hassidim aux fondamentalistes prouvait un manque de connaissance sur le sujet qui sied mal à un homme cultivé.

Jacques Chancel devrait savoir que l’intégrisme actuel a pour base la violence et si « ces gens de Mea Shearim » comme il les appelle avec un soupçon de mépris se sont parfois montrés ombrageux envers les touristes qui visitaient leur quartier comme on le ferait d’un souk, on se les représente moins les armes à la main que les colons des territoires occupés qui comptent, eux, parmi leurs membres des gens enclin à la violence ou plutôt à la riposte violente. Et puis je reproche à Jacques Chancel comme à de nombreux chrétiens d’oublier volontairement ou involontairement l’intégrisme catholique dont nous avons pu constater la virulence dans l’incendie du cinéma qui passait « Le Christ Recrucifié » de Pasolini. Le fait d’être depuis des décennies un monstre sacré de la télévision ne devrait pas avoir pour conséquence la possibilité de tout dire sans vergogne. Une personnalité telle que lui a justement un devoir de réserve à l’égard de problèmes qui ne lui sont pas familiers. Je suis bien persuadée que personne n’a surpris la petite phrase, même pas Erik Orsenna qui, je le suppose, la réprouverait autant que moi-même. Il se trouve que je suis à l’écoute de toutes les interdictions et de tous les rejets quand ils s’exercent à l’égard d’êtres humains qu’on ne connaît pas et dont on ne sait rien des idéaux. C’est la raison pour laquelle je ne pouvais éviter cette réaction presque viscérale à quelques mots d’apparence anodine.

 

Le 23 Novembre

 

Des Croates et des Serbes se sont réunis à Zagreb, journalistes pour la plupart. Il se trouvait pourtant parmi eux un prêtre catholique et un Juif croate émigré à Paris. Si le prêtre était à sa place au milieu d’autres chrétiens, qu’allait faire le Juif dans cette galère où la communauté musulmane n’était pas représentée ? On parle toujours des Musulmans de Bosnie parce que le bât nous blesse à Sarajevo mais n’oublions pas que l’islam est, je l’ai dit à plusieurs reprises, très présent à Zagreb et dans toute la Croatie. Alors je ne puis accepter cet œcuménisme aberrant qui n’est peut-être que le début d’un processus d’exclusion. Je continue en effet à penser que les Serbes et les Croates s’entendront un jour par-dessus la tête des Musulmans. Ils ne s’aiment pas mais ils accepteraient pour un temps de marcher main dans la main  tant leur haine de l’autre qui est « différent » est manifeste.

Nous sommes d’un autre bord, comme devrait l’être le Juif croate, notre compassion va entière à Sarajevo où l’on tue des enfants qui seraient de toutes façons morts de froid ou de faim. Chaque minute où je ne fais pas quelque chose d’absorbant et de précisz je pense à eux, à ces enfants morts étendus sur le sol glacé de la ville fantôme et j’ai tellement honte que j’en arrive à ressentire de la haine vis-à-vis des Serbes et des Croates, tous ces gens qui osent se réunir à Zagreb en oubliant les victimes qui n’ont pas demandé à mourir.

 

Le 30 Décembre

 

André Couraqui vient de l’affirmer : « Jean-Paul II est un génie ! Il connaît bien Israël et lui qui n’a jamais foulé jusqu’à présent le sol de nos ancêtres analyse objectivement et affectivement tous ses méandres et toutes ses profondeurs mieux que quiconque ici-bas. » Puisque André Chouraqui que j’admire intensément pour son savoir et son humanisme incomparable le dit, comment à mon humble niveau le contester ? Mais la pilule est amère : ainsi l’homme au conservatisme obsolète qui abhorre les préservatifs et condamne, au nom de je ne sais quel principe, les uns au SIDA, les autres, musulmanes et nonnes violées de Bosnie, à mettre au monde le produit d’une action barbare, l’homme qui en reconnaissant trop vite l’indépendance de la Croatie est un des responsables de la terrible guerre de Bosnie, l’homme qui a du se rétracter après avoir émis quelques « non vérités » sur le Big Bang dans sa dernière encyclique, l’homme dont l’incompréhension des problèmes humains de notre temps est saisissante à qui l’observe un peu, l’homme qui embrasse la terre mais coûte des fortunes aux pays pauvres qu’il traverse sur sa « papamobile » en monarque absolu… cet homme serait en fin de compte une personnalité attachante et digne d’intérêt ? Tout ceci parce que le Vatican, après avoir donné leur certificat de bonne conduite aux gouvernements les plus fascistes ou néonazis du monde, nous fait la grâce de reconnaître Israël quarante sept ans après la naissance de l’Etat Hébreu et après qu’il ait marqué de son sceau le prochain Etat Palestinien, ce qui est tout de même un comble.

 Mon espoir est bien sûr que les tractations se poursuivent entre les Israéliens et les Palestiniens, ma crainte est que le Pape essaie de tirer avantage des pourparlers pour suggérer que Jérusalem se voie accorder par l’ONU l’internationalisation de Jérusalem à laquelle souscriraient tous les Etats arabes et chrétiens. Le problème est que les Israéliens ne peuvent envisager l’internationalisation de la Ville Sainte sans ressentir la peur de voir revenir un jour ou l’autre l’interdiction qu’ils avaient, durant l’occupation jordanienne de la Cisjordanie, de ne pas avoir accès au Mur des Lamentations.

 


[1] Tout de même, j’ai rencontré des touristes d’Allemagne de l’Est en Bulgarie aux Sables d’Or où ils constituaient la majorité des visiteurs étranger, en Roumanie également.

[2] Salman Rushdie n’est ni le premier auteur ni le dernier à encourir une fatwa à ce propos. Tous les gens qui, depuis la mort du Prophète, ont fait référence aux « Versets Sataniques » ont subi le même sort. Selon les fondamentalistes le prophète, contrairement à Moïse ou à Jésus par exemple, n’a pu à aucun moment de sa vie douter des paroles d’Allah ou de sa propre mission sur terre.

[3] Erik Orsenna est l’auteur de nombreux ouvrages dont « La vie comme à Lausanne » (1977), « Comédie française » (1980), il a reçu le prix Goncourt en 1977 pour « La vie comme à Lausanne ». Il est conseiller ministériel de François Mitterrand.