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Lise Willar - Ecrits |
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Biographie
Je suis née à Besançon (Doubs) dans une famille aisée. Mon père était un autodidacte, ancien combattant de 14-18, maman une intellectuelle affectueuse et désintéressée qui s’occupait à la fois de ses enfants et d’une mère handicapée suite à une congestion cérébrale et la fracture de son col du fémur. Nous nous sommes installés à Paris en 1929 et je suis allée tout d’abord à l’école communale puis au lycée Fénelon. J’ai connu à la fois les belles innovations de ce temps déjà lointain, les quarante heures, les congés payés, les premiers départs vers la mer et la montagne… et la montée du nazisme. En 1939, ce fut la déclaration de guerre puis la débâcle de l’armée française, l’effondrement de la ligne Maginot et l’Occupation de la France par les troupes hitlériennes. Réfugiée avec ma mère et mon frère dans le Sud-Ouest, j’ai passé mon bac à la Faculté de Toulouse puis, au moment où le régime de Vichy accomplissait pour les Allemands ses tristes forfaits, où mes coreligionnaires étaient déportés quotidiennement, je me suis évadée de France avec mon frère pour rejoindre le Général de Gaulle en Angleterre et m’engager dans les Forces Françaises Libres. Mes parents ont passé le temps de l’Occupation dans un petit village du Massif Central. Mon frère est devenu pilote aux Etats-Unis, j’ai personnellement rejoint les troupes non sédentaires et j’aurais été parachutée sur la France si la libération de Paris n’était intervenue en 1944. Quatorze membres de notre famille proche sont morts dans les camps de concentration mais j’ai retrouvé mes parents sains et saufs. Je me suis mariée en 1948 avec un médecin et j’ai eu trois enfants. Durant deux décennies, j’ai mené la vie bourgeoise des gens du XVIème arrondissement mais avec l’âge m’est revenu le goût pour des études interrompues trop tôt. Je suis retournée en Faculté en 1969 et j’ai soutenu une thèse de Lettres en 1975. Avant de m’engager dans l’écriture, j’ai beaucoup bourlingué de par le monde, le plus souvent comme accompagnatrice de groupes que j’ai emmenés aux Etats-Unis, au Canada, en Inde, en Chine, en Thaïlande, au Népal, au Maghreb, au Kenya, en URSS, en Turquie, en Iran… J’ai eu bien sûr envie de raconter ces voyages et je n’ai plus depuis cette époque quitter la page blanche qui a recueilli tous mes souvenirs, mes interrogations, mes peurs, mes doutes, mes émerveillements ou mes déceptions. J’avais beaucoup lu, été bercée par des auteurs que je n’ai jamais oubliés tant ils ont marqués ma jeunesse, Jules Romains, Gide, Péguy, Sartre… Je suis devenue « femme » avec Simone de Beauvoir mais j’ai compris que si les livres des autres me donnaient des clefs, je devais trouver en moi le sens de la vie, celle d’autrui et la mienne. J’ai observé les princes qui nous gouvernent et je me suis aperçue que leur goût du pouvoir ne s’accordait pas avec mes propres aspirations. J’ai connu la souffrance des hommes, leur besoin de se libérer du joug occidental sans y parvenir. A la shoah qui m’avait personnellement touchée se sont ajoutés les génocides du Cambodge, du Kwanda et j’ai souffert avec les victimes. J’ai vu la fin du vingtième siècle et la naissance de nouveau millénaire dont André Malraux a dit qu’il serait religieux ou ne serait pas. Il l’est comme prévu mais je redoute l’excès alarmant vers lequel tendent les religions. J’avais toujours considéré les Arabes comme mes frères sémites[1], mais les dissensions entre Israël et les Palestiniens, les guerres du Proche-Orient menées par les Occidentaux et aujourd’hui en Iraq par les Américains ont éloigné de moi ces frères que j’ai suffisamment aimés pour écrire un livre dans lequel j’ai recherché les liens entre nos deux religions abrahamiques et dont André Chouraqui a écrit la préface. J’ai bien sûr noté jour après jour tous les évènements qui ont singulièrement modifié nos existences et si je ne puis être à mon âge qu’un témoin parfois horrifié, je veux encore croire, comme Péguy, en l’espérance.
[1] C’est la raison pour laquelle j’ai été publiée pour mon étude oecuménique préfacée par André Chouraqui chez L’Harmattan (2003) |